Après une longue période d’incubation dans l’imaginaire écologique de quelques visionnaires inspirés, les cleantechs ont vu le jour. Dans le domaine de l’exploitation des ressources, de la consommation, de la production énergétique et de la valorisation des déchets, elles nous offrent des solutions dites «propres».

Sans elles, la mise en œuvre de la stratégie énergétique 2050 serait impossible. Il en va de même pour tous les pays signataires de l’Accord de Paris en lien avec la COP21. Dans le cadre de nos investigations sur ces éco-technologies, nous avons rencontré M. Eric Plan, secrétaire général de CleantechAlps.

Prise de conscience

L’expert nous confirme que les changements climatiques dont nous sommes témoins ont été le déclencheur d’une prise de conscience collective quant à la nécessité de se tourner vers des activités industrielles plus durables.

Par ailleurs, nous explique-t-il, le deuxième aspect relève de la pression démographique dans le sens où nous sommes déjà en train de consommer plus de ressources que la planète ne peut fournir et de produire toujours plus de déchets.

Nous devons, dit-il, faire preuve de réalisme afin d’éviter une catastrophe planétaire d’autant qu’à l’horizon 2050, la population mondiale frisera les 9 milliards d’habitants.

Toutes les ressources sont concernées

Lorsque l’on parle des technologies propres, nous explique M. Plan, nous avons souvent en tête les énergies renouvelables qui devraient, à terme, se substituer aux énergies fossiles. Cependant, le champ des cleantechs est bien plus vaste que cette simple notion d’énergie puisqu’il englobe l’intégralité des ressources et surtout la façon dont on les utilise.

Il nous donne en exemple certains plastiques qui commencent à pouvoir être fabriqués à base de matières premières naturelles. Il nous cite aussi des ressources limitées comme le lithium qui entre dans la composition des batteries de nos smartphones et autres appareils électroniques. Grâce aux cleantechs, il est possible d’agir sur une meilleure efficience de l’utilisation des ressources.

Les consommateurs deviennent en effet non seulement éco-consommateurs, mais aussi producteurs de leur propre énergie.

Une question de santé publique

Nous sommes entrés dans une économie où nous mettons la société au centre de nos préoccupations, nous confie M. Plan, avec son corollaire: une prise en compte naturelle du facteur écologie. La pression sociale mondiale a fortement joué dans la balance dans le sens où, pour ne citer que la Chine, la population refuse désormais de devoir sortir dans la rue avec un masque sur le nez.

Tous acteurs

Chez nous, comme dans de nombreux pays, la chaîne de valeur n’est plus unidirectionnelle, mais bidirectionnelle. Les consommateurs deviennent en effet non seulement éco-consommateurs, mais aussi producteurs de leur propre énergie, nous informe M. Plan.

Prenons l’exemple de la démocratisation des panneaux photovoltaïques. Pour une installation standard, son coût par kWh a tellement baissé qu’on arrive à une parité avec le prix du marché, cela grâce à l’innovation tant au niveau des matériaux que des processus de fabrication.

Dans le même registre, nous avons aussi franchi une nouvelle étape avec des éléments qui permettent de faire de la production d’énergie en façade. Il s’agit de panneaux colorés sur lesquels il est possible d’intégrer des images, des logos ou des slogans. Ainsi, un bâtiment devient lui-même une centrale énergétique.

Un retour à une production locale

Les cleantechs permettent de limiter considérablement notre impact environnemental grâce à l’utilisation de ressources naturelles renouvelables, comme le vent, l’eau, le solaire et la biomasse. Elles nous offrent aussi la possibilité de réduire l’empreinte écologique par le développement de petites unités de production locales pour ne plus avoir besoin d’importer de l’autre bout du monde les produits consommés.

Elles jouent aussi un rôle important en matière de traitement et de valorisation des déchets. Dans ce registre, la Suisse est très en avance sur le plan mondial avec un tri sélectif qui se fait de manière optimale. Et demain, nous confie M. Plan, grâce au concept d’économie circulaire, les déchets d’une entreprise deviendront la matière première d’une autre au niveau des ressources.

La Suisse: un modèle mondial

Toute la chaîne de valeur est impactée pour la mise en œuvre de cette nouvelle façon de produire et de consommer. En termes d’innovations cleantechs, conclut notre interlocuteur, notre pays se positionne dans le trio de tête.

Elle a pu le démontrer avec Solar Impulse aux commandes duquel Bertrand Piccard disait «j’ai l’impression d’être dans le futur et pourtant, nous sommes bien dans le présent».