La principale promesse

du Programme de développement durable à l’horizon 2030, «ne laisser personne de côté», nous envoie un message très clair: tout le monde doit pouvoir bénéficier des progrès accomplis en matière de développement durable. 

En ce qui concerne l’eau, cela signifie atteindre l’une des cibles de l’objectif de développement durable 6 qui consiste à assurer un accès universel et équitable pour tous à l’eau potable, salubre et abordable d’ici 2030.

Garantir l’accès à l’eau pour tous signifie ne laisser personne de côté. Cela semble évident, mais personne ne l’a jamais formulé de façon aussi claire. Bien que nous ayons fait de grands progrès au cours des dernières décennies, 2,1 milliards d’êtres humains n’ont toujours pas accès à l’eau potable. 

De plus, le rapport sur les objectifs de développement durable 2018 concernant l’eau et les installations sanitaires montrent clairement que nous sommes déjà en retard sur l’objectif de développement durable 6. La demande en eau augmente, la pollution empire, les fonds manquent et la gouvernance s’avère souvent trop faible pour gérer cette précieuse ressource.

Hors de question de continuer comme si de rien n’était. Selon l’horizon 2030, les plus défavorisés seront les premiers que nous nous efforcerons d’aider. C’est pourquoi nous devons nous demander qui, parmi les 2,1 milliards de personnes n’ayant pas accès à l’eau potable à ce jour, sont les plus défavorisées et comment les atteindre?

Tel est l’objectif

de la Journée mondiale de l’eau du 22 mars 2019 et du Rapport mondial des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau 2018 qui, ensemble, font la lumière sur tous ceux qui ne jouissent pas de leurs droits humains fondamentaux d’accès à l’eau et aux installations sanitaires salubres. Ils sont souvent omis dans la politique et les programmes. Un grand nombre des obstacles auxquels ils doivent faire face est lié à une discrimination et à une marginalisation profondément ancrées. Les motifs de discrimination qui privent les gens de leurs droits sont nombreux et variés: sexe, ethnicité, religion, âge, statut économique et social.

Les femmes et les filles, par exemple, sont chargées de la collecte d’eau potable dans huit foyers sur dix n’ayant pas accès à l’eau sur place. Le temps qu’elles passent à parcourir le trajet et à faire la queue pour y parvenir, souvent plusieurs fois par jour, ne laisse que peu de place à l’éducation ou à la création de revenus. 

Plus de 800 femmes meurent chaque jour durant leur grossesse ou leur accouchement à la suite de complications, souvent causées par des conditions insalubres dues au manque d’eau potable. 

Les enfants aussi sont vulnérables: une école primaire sur quatre dans le monde ne dispose pas d’installations d’eau potable, obligeant les élèves à boire l’eau de sources contaminées ou à souffrir de la soif. Plus de 700 enfants âgés de moins de cinq ans meurent tragiquement chaque jour de diarrhée causée par la consommation d’eau contaminée dans des installations insalubres. 

D’autres groupes déjà marginalisés sont également très affectés. Les personnes handicapées rencontrent souvent des difficultés pour accéder à des points d’eau, qui ne sont pas adaptés à leurs besoins. Les populations indigènes sont systématiquement négligées selon les indicateurs de bien-être comme l’accès à l’eau. Le préjudice social que subit la communauté LGBTQI+ peut se traduire par l’absence d’un accès à l’eau salubre.

En ce qui concerne

les réfugiés et les populations déplacées, l’absence d’eau potable constitue un facteur déterminant qui pourrait les obliger à quitter leur foyer. Alors qu’ils sont déplacés, ils se voient parfois refuser l’accès à l’eau et aux installations sanitaires et sont discriminés en raison de leur race, leur religion, leur nationalité, leur appartenance à un groupe social particulier ou leur opinion politique. L’accès inégal à l’eau et aux installations sanitaires pour les réfugiés et les communautés accueillantes peut créer de fortes tensions entre les communautés. 

A la fin 2018, le système de surveillance WASH de l’UNHCR indiquait que seul 35% des réfugiés ont accès à l’eau potable gérée sur place en toute sécurité. Ce pourcentage est nettement inférieur à la moyenne globale selon laquelle 71% de la population mondiale a accès à l’eau potable sur place gérée en toute sécurité. En ce qui concerne les installations sanitaires, la situation des réfugiés est encore pire, car seulement 17% d’entre eux ont accès à des toilettes et des installations sanitaires salubres dans leur foyer. Ce pourcentage aussi est nettement inférieur à la moyenne globale selon laquelle 39% de la population mondiale a accès à des toilettes et des installations sanitaires salubres à domicile. La réalité est que les réfugiés sont laissés de côté.

Le changement climatique, associé à l’instabilité politique, ne fera qu’aggraver la situation. On estime que, d’ici 2030, 700 millions de personnes dans le monde pourraient être déplacées en raison d’une forte pénurie d’eau. Leur dénier le droit humain d’accès à l’eau ne ferait que déstabiliser davantage la situation à l’échelle mondiale.

Tandis que la crise de l’eau affecte la société globale de bien des façons, le progrès apportera à son tour des avantages considérables. En effet, l’objectif de développement durable 6 est l’un des plus importants, car il vise à préserver la santé, la dignité, l’égalité, la productivité sur le plan humain et la survie de l’écosystème.

De surcroît, investir dans l’approvisionnement en eau et les installations sanitaires tient du bon sens économique. De manière générale, le rendement des capitaux investis est élevé, et en particulier pour les plus vulnérables et désavantagés, surtout si l’on tient compte des avantages macroéconomiques. Le coefficient multiplicateur pour chaque dollar investi est estimé, à l’échelle globale, à 2 dollars pour l’approvisionnement en eau et à 5,5 dollars pour les installations sanitaires.

Comme l’indique le Rapport mondial des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau, ne laisser personne de côté requiert une approche plus holistique et davantage axée sur l’être humain pour gérer les ressources d’eau, au profit de l’ensemble de la population mondiale.

Durant la campagne

de la Journée mondiale de l’eau, nous appelons les décideurs politiques à concentrer leurs efforts sur tous ceux qui ont, jusqu’alors, été marginalisés ou ignorés. Les installations d’eau doivent répondre aux besoins de ces groupes, et leurs voix doivent être entendues lors des prises de décision. Les cadres réglementaires et légaux doivent reconnaître pour tous le droit humain d’accès à l’eau et aux installations sanitaires, et les capitaux doivent être distribués équitablement et investis de manière ciblée dans ceux qui en ont le plus besoin.

Le succès qu’a rencontré l’expansion des installations d’eau au cours des dernières décennies prouve que c’est possible. Il existe des solutions aux défis techniques qui se posent à nous, mais nous avons besoin d’une volonté politique accrue et de ressources pour y parvenir. 

Nous devons passer à l’action de toute urgence. L’accès à l’eau salubre pour tous n’est pas simplement juste, mais essentiel pour atteindre les objectifs de l’horizon 2030. Alors, avançons ensemble sans laisser personne de côté.

Écrit par:

  • Murray Burt
    Global WASH Manager, Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR)
  • Rio Hada
    Chef d’équipe, Human Rights and Economic and Social Issues Section, Engagement thématique, Procédures spéciales du Conseil des droits de l’homme, Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR)
  • Stefan Uhlenbrook
    coordinateur, Programme mondial de l’UNESCO pour l’évaluation des ressources en eau (WWAP)