Martin Horn est originaire d’Afrique du Sud. Après avoir obtenu son bachelor en sciences du sport en 1995, il décide de rejoindre son frère Mike à Château-d’Œx pour travailler avec lui dans sa société d’activités de loisirs en eau vive.

Marié et père de deux enfants jumeaux de huit ans, Martin Horn est une figure emblématique dans le domaine de l’exploration, du sport et de l’écologie. Nous le remercions chaleureusement pour sa participation à notre campagne et c’est tout naturellement que nous lui posons cette première question:

Quel rapport, vous et votre frère, entretenez-vous avec l’eau?

Depuis notre enfance, Mike et moi avons toujours aimé les activités extérieures, et plus particulièrement les sports aquatiques comme la natation et le kayak. (On a seulement commencé à faire de la voile une fois arrivés en Suisse).

Ce fut donc une belle opportunité pour moi de venir en Suisse, de pouvoir continuer à partager avec Mike notre passion commune. La Suisse est un très beau pays doté de magnifiques glaciers, lacs, fleuves et rivières.

La population quant à elle est très sensible aux questions écologiques et environnementales. On le ressent fortement à travers la beauté des paysages et par le fait que l’on peut s’adonner à des activités comme la voile, le kayak, l’hydrospeed, le rafting et le canyoning dans des eaux exemptes de toute pollution. Je suis très vite tombé amoureux de la Suisse; j’ai décidé de m’y installer durablement.

Pendant plus de dix-huit ans, j’ai collaboré avec Mike au développement de sa société et ensuite, lorsqu’il s’est lancé dans les grandes expéditions en solitaire, j’ai eu la chance de pouvoir participer à leur préparation.

Que pensez-vous de l’état actuel des océans, des mers, des lacs, des fleuves, des rivières et glaciers?

En son temps, notre société de consommation n’a pas tenu compte des enjeux écologiques et des répercussions qu’une production incontrôlée pourrait avoir sur l’environnement. L’Afrique, l’Inde et la Chine sont les régions les plus touchées de la planète, notamment par la pollution océanique, car la configuration des grands courants fait que la plupart des déchets finissent par s’échouer sur leurs côtes.

Ce sont principalement des tonnes de résidus plastiques dangereux pour l’écosystème. J’ai beaucoup voyagé dans les pays du tiers-monde. Il y a énormément de déchets dans les rivières. Elles sont quasiment toutes polluées. Je pense que c’est avant tout une question d’éducation; cependant, nous avons tous une part de responsabilité.

Aussi, nous devons réagir très vite pour sauver les océans, les mers, les rivières, les lacs et les sources naturelles. Tout d’abord en limitant les déchets, notamment les emballages plastiques. En Nouvelle-Zélande, en Australie et aux Pays-Bas, il y a de plus en plus de commerces qui vendent des produits sans emballage. Ça fonctionne très bien. Nous avons la possibilité de changer, de faire bouger les choses et, en ce sens, nous pouvons d’ores et déjà compter sur les jeunes générations.

A ce titre, vous avez créé le «Young Explorer Club». Pourriez-vous nous parler des activités de votre association dont Mike est le parrain?

L’idée s’est inspirée du projet Pangaea dont l’objectif était d’emmener des jeunes explorateurs en expédition à travers le monde afin qu’ils découvrent la beauté de notre planète, et aussi, les dégâts occasionnés par les activités humaines. Nous avons organisé une quinzaine d’expéditions sur cinq ans.

Ainsi, des jeunes ont eu l’opportunité de repousser leurs limites et de réaliser leurs rêves dans des contrées comme le Pôle Nord, le Pôle Sud, la Nouvelle-Zélande, l’Amazonie, la Grande Barrière de corail et bien d’autres encore.

Chaque expédition avait pour thème l’écologie, le dépassement de soi, le respect et la préservation de notre planète. Les périples terrestres s’effectuaient à dos de cheval, à VTT et à pied. Pour les expéditions maritimes, c’est sur le bateau de Mike que ces jeunes ont traversé les grandes étendues océaniques. A travers ces différentes activités, ils prenaient goût à l’exploration, se sensibilisaient à l’écologie et développaient leur leadership.

Certains d’entre eux ont initié des actions concrètes dans leur propre pays sous forme d’associations et de réalisations écologiques. Lorsque le projet Pangaea est arrivé au terme de ses trois années, j’étais motivé à l’idée d’entretenir cette dynamique. Il fallait profiter de la vague en quelque sorte; poursuivre le mouvement que nous avions initié avec Mike, d’une façon ou d’une autre. Les jeunes et leurs parents étaient tout aussi motivés que nous.

C’est ainsi qu’est né le Young Explorer Club. Nous nous sommes donné pour mission d’offrir à des jeunes de 13 à 16 ans la possibilité d’apprendre, d’explorer, d’agir, de partager des connaissances et des savoir-faire.

Un des thèmes principaux de Young Explorer Program est l’eau…

Tout à fait. L’eau représente la vie. Sans eau, pas de vie sur Terre. Or, aujourd’hui, comme nous l’avons vu, cet élément naturel est en danger à cause des rejets liés à l’activité humaine. Nous considérons qu’il est important d’œuvrer avec des jeunes pour entrer dans un nouveau paradigme.

Les nouvelles générations sont en effet beaucoup plus sensibles aux questions écologiques et au développement durable. C’est avec elles que l’on doit aller de l’avant. Ce sont elles qui deviendront les leaders de demain.

Pourriez-vous nous parler d’une ou deux réalisations concrètes?

En 2009, par exemple, nous nous sommes rendus dans les îles Salomon (archipel d’Océanie) pour relier un village à une source d’eau distante de 4 kilomètres. L’entreprise suisse Geberit s’est jointe au projet en nous offrant le matériel et l’expertise nécessaire à sa réalisation. Nous avons ainsi pu alimenter le village en eau courante. Pour les jeunes, ça été une expérience très enrichissante sur le plan humain, technique et environnemental.

Elle leur a aussi permis de prendre conscience que des millions de personnes à travers le monde n’ont pas accès à l’eau courante. Il y a aussi d’autres actions en lien avec l’eau, comme celle que nous menons actuellement dans le cadre du nettoyage de plages ou encore, du repêchage de plastiques en mer.

Comment sont financées toutes ces initiatives, tous ces projets?

Pour le nettoyage des océans, par exemple, nous travaillons avec la fondation Parley for the oceans. Elle a été créée par l’Américano-Allemand Cyrill Gutsch et s’est donné pour mission de participer activement à la dépollution des étendues maritimes.

Par affinité pour le thème de l’eau, et pour sa grande connaissance des océans, Mike est devenu l’ambassadeur de cette fondation. Il y a aussi d’autres sources de financement. La plupart proviennent de donateurs, de sponsors et d’investisseurs à vocation écologique.

Quel message aimeriez-vous transmettre aux dirigeants de ce monde?

La première idée qui me vient à l’esprit serait de dire: «If you are lost in the middle of a crowd, take your child on your shoulders and he will guide you»*. Je pense que nous devons effectivement nous laisser guider par les jeunes générations à travers tous projets écologiques. Ils ont de l’énergie, une vision d’avenir et ils savent certainement mieux que nous dans quelle direction nous devons aller pour préserver nos océans et nos terres.

* Si tu es perdu dans la foule, prends ton enfant sur les épaules et il te guidera.